Alimentation

Voici quelques repas et recettes typiquement paspéyas.

Plats principaux

Les fayots fricassés

Apprendre à nommer son patrimoine, c’est aussi jeter un regard sur des traditions bien ancrées dans le quotidien à propos desquelles on ne se questionne pas toujours. Or, manger, c’est très patrimonial! Et qu’est-ce qui évoque plus le patrimoine culinaire de Paspébiac que les fayots fricassés?

Les fayots fricassés, ce plat aux origines multiples dont tous les Paspéyas ont leur recette familiale, se compose de fèves vertes ou jaunes, de carottes, de pommes de terre, de grillades de porc ou de lardons et, parfois, de blé d’Inde. En effet, à la base, le fayot est le nom même donné aux haricots. Sur le plan sémantique, on attribue l’origine de ce mot au 16e siècle, désignant le Phseolus vulgaris, une plante provenant d’Amérique centrale et renommée fagivolo à son arrivée en Italie. À la suite de son introduction en France, le mot a évolué vers le provençal fayol pour ensuite devenir… « fayot »! Ce mot désignait à la fois le haricot et le plat, défini par l’encyclopédiste Antoine Furetière1 comme un « hachis fait de gros morceaux de mouton ou de veau bouilli avec des marrons et des navets ».

La culture plus intensive de ce type de haricot, fortement consommé en région parisienne, débuterait toutefois plutôt au 17e siècle.

En effet, ce nom est toujours présent du côté de la France, symbolisant ici une sorte de haricots blancs nommés « flageolets », mais couramment appelés « fayots ». La fricassée de flageolets se prépare en France accompagnée de crème et de lardons fumés, et elle intimement liée à la préparation du gigot d’agneau.

Chez les Acadiens, le terme « fayot » est également utilisé pour désigner ces beans qui sont séchées et fricassées avec du porc ou de la graisse de porc, et du sel et du poivre, entre autres. Ce plat fait d’ailleurs partie de la cuisine du terroir acadien.

Par ailleurs, certains attribuent à l’arrivée des Anglo-Normands la consommation plus répandue de la pomme de terre en Gaspésie. Chez les Jersiais, la pomme de terre est fricassée, et on nomme le plat « les patates fricachies », auxquelles on peut rajouter des pois verts et des tranches de concombre. Par ailleurs, ce type de préparation de pommes de terre fera plus tard mouche au Saguenay. Érigé au rang de plat traditionnel, ce plat est souvent accompagné de lard salé. On en trouve d’ailleurs plusieurs versions dans l’ouvrage Le Grand-Brûlé. Récits de vie et histoire d’un village au Québec. Laterrière, Saguenay, 1900-1960, publié sous la direction de Camil Girard et Gervais Tremblay.

Au Saguenay, cependant, on ne mange pas toujours ses pommes de terre avec des fèves. Allons, remontons plus loin. Dans Les classiques de la table, à l’usage des praticiens et des gens du monde, Fayot2 – oui, c’est son vrai nom! –, mentionne « qu’Alexandre, en Asie, se faisait fricasser des haricots blancs, et les trouvait délicieux ».

Bref, le fayot fricassé est un plat résolument international, aux origines plurielles, qui symbolise bien la mixité culturelle qui traverse l’histoire de Paspébiac d’hier à aujourd’hui. Il s’agit d’un plat qui se mange encore goulûment. Et pour reprendre Alexandre Dumas3 dans Le chasseur de sauvagine : « Mais voilà la soupe, mangeons-la, et vous me direz ensuite si une créature qui fricasse les fayots et les gourganes de cette façon-là n’a pas ce qu’il faut pour rendre un homme heureux en ménage! »

(NDLR : Oui, ce passage a très mal vieilli!)

 

  1. FURETIÈRE, Antoine. Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, et les termes de toutes es sciences et arts, 1690. Arnout & Reinier Leers. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50614b/f998.vertical.r=
  2. FAYOT, Charles-Frédéric-Alfred. Les classiques de la table, à l’usage des praticiens et des gens du monde, 1844, Bethune et Plon, p. 126.
  3. DUMAS, Alexandre. « Le chasseur de sauvagine ». Dans Œuvres complètes, 1898, vol. 35, Calmann Lévy, p. 137.

 

 

 

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